La politique

Mercredi le 2 septembre 2015Peoples_Administration_Direct_Democracy_Self_Rule

Le Ministre de l’éducation n’a pas du tout la même conception du politique que moi en tout cas. Il dit qu’on instrumentalise les enfants à des fins politiques, qu’on ne devrait pas mêler les enfants à la politique. M. Blais, regardez autour de vous. Ne constatez-vous pas, avec moi et des analyses un peu partout dans les pays capitalistes avancés, qu’il y a présentement une crise de *votre* système politique?

N’entendez-vous pas les voix des jeunes et moins jeunes impliqué.es dans les révoltes qui secouent nos quotidiens depuis 2008? ‘Democracia Real Ya! ‘Que Se Yayan Todos! ‘Kefaya!’ ‘Nous sommes le 99%!’. Notre démocratie, notre politique n’est pas la vôtre. Nous sommes tanné.es des politiciens experts qui se pavanent (oui, avec des enfants sur le bras) prétendant prendre les bonnes décisions en notre nom.

Notre démocratie c’est celle du peuple qui se prend en main, qui délibère, qui prend des décisions sur les aspects qui touchent nos vies. Le processus d’auto-détermination est un processus politique. C’est un processus qui fait partie de notre quotidien, en tout cas. Notre fille de 6 ans y participe déjà. Quand on a un problème dans la maisonnée ou un enjeu a réglé, on se fait un conseil de famille. Chacun.e a la chance de s’exprimer librement, dans le respect de l’autre. On discute jusqu’à temps qu’on arrive à un consensus. Les décisions sont par la suite appliquées par tous les membres de la famille. Et ça marche. Notre fille fait preuve d’autonomie, d’esprit critique et de responsabilité. Bientôt elle pourra participer au conseil des élèves de son école. C’est ça la politique.

La politique c’est aussi apprendre dès un jeune âge que notre société est traversée par des rapports de pouvoir et que c’est notamment par la construction d’un rapport de force qu’on fait de petits pas vers la justice sociale. Vendredi, 5 enfants de l’école de ma fille se sont fait expulsés parce qu’ils et elles habitent dans le quartier voisin (à 5 minute de chez nous en vélo). Elle ne comprenait pas pourquoi. On lui a expliqué : « Les chefs font des coupes un peu partout dans les écoles. Et à cause de ça, ils ont décidé de fermer une classe ». Pas difficile à comprendre. En fait, oui. Mais c’est ça l’injustice. Elle a vu sa mère gauler avec d’autres parents pendant 48 heures pour organiser une manifestation pour contester cette décision injuste. Elle s’est levée plus tôt mardi matin pour aller à manif, carré rouge sur la poitrine. Et, tsé quoi? On a gagné! Les chefs ont fait volte-face. Les cinq enfants sont revenus en classe. Deux sont dans la classe de ma fille. Ce matin on en parlait au déjeuner. Émue, j’avais des larmes aux yeux : « Maman, pourquoi tu pleures? ». « Parce que tes ami.es sont revenus. Parce qu’on a gagné une lutte. Parce que je me sens maintenant plus proche des parents avec qui j’ai travaillé ». C’est aussi ça la politique.

Et je suis fière que ma fille en soit partie prenante.

Anna Kruzynski