Une taxe spéciale comme moyen de lutte ?

Dans la partie de bras de fer contre la réforme budgétaire de Denis Coderre, les élu-e-s du Sud-Ouest viennent de décréter une augmentation des taxes locales pour l’année 2015 et les suivantes. Cette nouvelle taxe ne vise pas à réaliser de nouveaux engagements politiques, mais ne servira qu’à pallier la réduction de 11% du budget qu’impose la ville centrale au Sud-Ouest. C’est en effet ce qu’affirme le maire Dorais dans un communiqué du 3 octobre : « Malgré les contraintes imposées, notre objectif demeure de préserver les services. »

Parallèlement, les élu-e-s tentent de mobiliser les résident-e-s du Sud-ouest, principalement à travers une pétition, contre la proposition Coderre. Imaginez, les élu-e-s nous disent que la réforme Coderre fera mal et se servent de cet argument pour tenter de mobiliser les résident-e-s. De l’autre côté, ils votent une nouvelle taxe locale pour contrer cette même baisse de services. Plus, le maire Dorais affirme dans son rapport sur la situation financière « Force est d’admettre que nous ne serons plus en mesure de fournir le même niveau de services que nous étions parvenu à maintenir malgré tout ».

Ambiguë au possible, cette stratégie politique à toutes les chances de sombrer dans l’inefficacité et de mourir de sa belle mort. L’impression que ça donne est que les élu-e-s n’ont nullement l’intention de faire reculer Denis Coderre, comme ils l’ont affirmé, mais simplement d’exprimer leur désaccord. Et la « voix » des résident-e-s dans tout ça! Servent-ils de simple manœuvre politique ?

Denis Coderre doit bien rire lui qui n’a rien à perdre puisqu’il n’a aucun élu dans le Sud-ouest. Voilà pourquoi son président du comité exécutif Pierre Desrochers en rajoute et accuse l’arrondissement de pénaliser ses citoyens avec cette taxe spéciale. Les résultats seront sans doute que la grogne des gens se reportera sur les élu-e-s locaux lorsqu’ils recevront leur compte de taxes ou qu’ils s’apercevront de la baisse des services.

Jeux politiques de coulisse

Le maire Dorais, fin stratège, a littéralement roulé dans la farine les élu-e-s de Projet Montréal avec sa logique politique. La stratégie de cette « petite guerre » bureaucratico-politique vient piéger Projet Montréal et sert celle du maire du Sud-Ouest. Rappelons que Benoit Dorais est le chef de la deuxième opposition et il se présente comme tel dans les communiqués de l’arrondissement[1]. Cette deuxième opposition s’appelle Coalition Montréal et regroupe 6 élus, dont 2 membres du comité exécutif contrôlé par Denis Coderre. Ainsi, les 2 collègues du parti de Benoit Dorais, Russel Copeman, ancien député libéral à Québec, et Réal Ménard, restent solidaires de la réforme qui impose au Sud-ouest des compressions de 11%. Quelle est l’importance de cette « ligne de parti » dans la stratégie de Benoit Dorais ?

Les élu-e-s de Projet Montréal s’auto-menottent !

À ce qu’il nous semble, les élu-e-s de Projet Montréal ont un projet politique local à défendre et des enjeux politiques difficiles. Récemment, ils et elles l’ont fait sur un enjeu environnemental : un terrain de soccer naturel plutôt que synthétique.

Mais en se pliant à « la vision et la stratégie Dorais », les élu-e-s de Projet Montréal reportent aux calendes grecques leur proposition « d’instaurer des réserves foncières à des fins de logements sociaux et de parcs. » Ces réserves foncières pour du logement social font partie des rares propositions sur la scène municipale et locale qui s’inscrivent sur un enjeu fondamental de société,  la lutte à la pauvreté.

Face à la réforme Coderre, qui elle s’inspire de perspectives d’austérité propres au néo-libéralisme, l’enjeu est clair. À défaut de trouver dans le programme de Projet Montréal une vision urbanistiques anti-élitiste et anti-capitaliste, le logement social est sans aucun doute ce qui reste comme principal instrument d’intervention contre la pauvreté. Il a également l’avantage de lutter concrètement contre le fléau capitaliste de l’embourgeoisement qui frappe, rappelons-le, durement plusieurs quartiers du Sud-Ouest et surtout des milliers de ménages.

Avec sa réforme, Coderre soulève bien sûr une controverse sérieuse. Si Coderre gagne sans dommage politique, il reviendra sans doute à la charge les années suivantes. Pourtant, la réplique des élu-e-s du Sud-Ouest reste très timide, en deçà des attentes pour les milieux sociaux qui luttent pour les réserves foncières.

Ne compter que sur ses propres moyens

Les élu-e-s du Sud-Ouest viennent tout d’un coup de trouver 6 millions$ avec une taxe spéciale pour maintenir les services, mais ils ne les avaient pas vu pour le logement social. Le maire Dorais avait trouvé un million et demi avec une taxe spéciale pour un parc sur le canal de Lachine qui servira surtout de « plus-value » pour le projet de condos luxueux du Walter/Atwater.

Plus jamais qu’auparavant, les militant-e-s sociaux ne devront compter que sur leurs propres moyens pour atteindre leurs objectifs.

[1] « … à signer la pétition pour donner du poids à nos actions », a indiqué le maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, aussi chef de la 2e opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal. »

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