Être complice des symboles du désastre ?

Le 5 novembre dernier, les élus de l’Arrondissement du Sud-Ouest ont rendu hommage aux lauréats de L’Opération patrimoine architectural de Montréal 2014 dont le gagnant du prix d’excellence Ivanhoé Cambridge est le Groupe de ressources techniques Bâtir son quartier, une entreprise d’économie sociale localisée à Pointe-Saint-Charles.

Mais un prix dans le domaine de l’immobilier nous ramène justement à lasituation dans l’immobilier, particulièrement dans le Sud-ouest, situation que nous avons déjà soulignée antérieurement. Pour résumé, le développement immobilier reste sous la coupe du marché privé, fortement soumis à la spéculation et entraînant des augmentations d’évaluation et de taxes ayant son lot d’effets (évictions, reprises de possession, harcèlement de locataires, augmentation des loyers, etc.). Si bien que des milliers de ménages dans le Sud-Ouest vivent des conditions de logements désastreuses ou déplorables. De gros « joueurs » y font des profits mirobolants et Ivanhoé Cambridge est de ceux-là.

Sur son site internet, Ivanhoé Cambridge, le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec avec des actifs de 40 milliards$ dans plusieurs pays pavoise en se donnant le titre de « société immobilière de classe mondiale qui met à profit une expertise de haut niveau dans toutes les disciplines de l’immobilier incluant l’investissement, le développement, la gestion d’actifs, la location et l’exploitation, afin de générer un rendement optimal pour ses investisseurs a donné son nom à un prix du patrimoine montréalais ». En bref, cette rhétorique nous indique une société pratiquant la spéculation sur l’immobilier pour faire entrer le max de profits. En bref aussi, nous savons que la crise du logement qui frappe une partie significative de la population est due en grande partie à la spéculation immobilière, un des cancers du système capitaliste. Vous voyez le lien.

Comme toute bonne société multinationale, Ivanhoé Cambridge fait aussi dans le social, question de polir son image publique, de se faire une belle jambe et par le fait même d’associer la notion de spéculation à quelque chose de normal dans la société.

Ainsi, entre autres choses, Ivanhoé Cambridge a donné son nom au prix d’excellence de L’Opération patrimoine architectural de Montréal, question de maintenir sa cote de bon citoyen corporatif.

Les gens de Bâtir son quartier, gagnants du prix, sont sans doute fiers à juste titre de cet honneur. Mais une telle récompense, accrochée à la notoriété d’un spécialiste de la spéculation, comporte un enjeu éthique, politique et moral qui, nous semble-t-il, va l’encontre des valeurs « officiellement » affichées par le groupe Bâtir son quartier. Dans un monde où le grand capital, y compris immobilier, est en train carrément de détruire la planète, y a-t-il de la place pour accepter de faire des courbettes symboliques face à la domination?

Le drame, car drame il y a même si on voudrait le nier, c’est qu’une majorité de gens sensibles et inquiets des impacts sociaux liés à la spéculation espèrent encore l’apparition d’un capitalisme à visage humain. Voilà sans doute pourquoi on peut encore placer sur sa bibliothèque un trophée signé Ivanhoé Cambridge.

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