Un héliport public dans la Pointe?

Le maire de Montréal Denis Coderre a annoncé hier qu’il envisageait la construction d’un héliport public à Montréal, un projet promu par l’Association québécoise du transport aérien (AQTA). Il n’en fallait pas plus pour que son  vis-à-vis dans l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoît Dorais, affirme qu’il était « ouvert à l’idée que Montréal se dote d’un héliport et que celui-ci puisse se trouver dans son arrondissement ». L’éventuel héliport pourrait être réalisé dans le technoparc ou bien au coin des rues Bridge et Wellington, là où on voulait déménager le Casino de Montréal il y a maintenant dix ans.

CoderreB. Dorais

Pourquoi un héliport?

Coderre et l’AQTA y vont d’un même refrain pour justifier le projet: l’utilité publique et l’effet stimulant sur l’économie. En effet, on parle d’occasions d’affaires et d’une utilisation par les services d’urgence. Pourtant, il existe déjà plusieurs héliports privés à Montréal, puisque plusieurs grandes entreprises (par exemple Bell ou Kruger) s’en sont dotées. Les « occasions d’affaires » ne passent donc déjà pas dans le beurre. De plus, l’hôpital Sacré-Coeur en a aussi un, ce qui fait que les services d’urgence peuvent déjà bénéficier d’une telle infrastructure, du moins, en théorie. Reste à voir si les autres services d’urgence peuvent réellement l’utiliser, ce que j’ignore, mais on n’a jamais entendu le Service des Incendies de Montréal (SIM) se plaindre d’un manque d’héliport, pas plus que n’importe quel autre service d’urgence, d’ailleurs.  Le SPVM ne semble pas avoir de difficultés à survoler nos manifestations avec son hélicoptère, en tout cas.

 

Alors, pourquoi un héliport? Les propos de l’AQTA sont révélateurs. Immédiatement après avoir parlé d’utilité publique, son PDG, Jean-Marc Dufour, explique que les bouchons de circulation font en sorte qu’il y a de plus en plus d’utilisateurs d’hélicoptère… Selon Projet Montréal, on parle d’une centaine de personnes. Voilà donc le noeud de la chose. On ne peu pas laisser les très riches pris dans la circulation comme tout le monde; ce n’est pas poli. Question de privilège.

 

Denis Coderre nous dit bien que les autres grandes villes ont un héliport public, mais on n’est jamais obligé d’être aussi cave que les autres. C’est déjà assez indécent et dégoutant que des gens aient les moyens de se payer des hélicoptères pendant que d’autres n’arrivent même pas à se loger ou se nourrir convenablement, mais c’est ajouter l’insulte à l’injure que de financer le privilège par des fonds publics, qui appartiennent par définition à tout le monde. Du monde qui pour la grande majorité ne prendra jamais l’hélicoptère. On ne sait pas encore comment le projet pourrait être financé, ce qui implique qu’il pourrait théoriquement être financé à 100% par ses utilisateurs, mais pour être franc, j’en doute.

 

La richesse de passage dans la Pointe… en hélicoptère

Il est déplorable que Benoît Dorais embarque dans un tel bateau. Son souci de s’assurer que le projet n’affecte pas la qualité de vie de la population du Sud-Ouest est louable; ce n’est certainement pas moi qui vais m’en plaindre. Pourtant, il n’y a pas que la qualité de vie; c’est aussi une question de décence, et de gros bon sens. Sans être expert, on peut raisonnablement penser, par exemple, que toute proportion gardée, un hélicoptère pollue plus qu’une automobile (l’auto doit dépenser de l’énergie pour avancer, l’hélicoptère doit le faire pour avancer et voler…).

 

On en revient donc aux deux principales faiblesses politiques de Benoît Dorais: la justice sociale (que nous avons souvent critiqué dans le cadre du dossier du logement) et la question environnementale. En attendant, le monde continue à se dégrader et la majorité d’entre nous devons toujours nous contenter des miettes que veut bien nous laisser ce « 1% », détenteur d’hélicoptère ou non.

 

Par Pascal lebrun

Pour l’Agence de presse libre de Pointe-Saint-Charles

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