Madeleine Parent: une lutte qui continue

Honorer Madeleine Parent avec un parc en son nom est l’excellente idée que viennent de concrétiser le maire Dorais et l’équipe d’élu-e-s de l’arrondissement Sud-Ouest.

Militante syndicale et féministe décédée en 2012, Madeleine Parent a laissé sa marque par son engagement à soutenir la syndicalisation dans les usines de textile (où travaillait une majorité de femmes) y compris dans le quartier St-Henri. C’était à l’époque (les années 1940-50-60) où le « Québec de Duplessis » était marqué par une répression furieuse du droit des travailleurs et travailleuses à la syndicalisation. Avec les conséquences que Madeleine Parent fut emprisonnée 5 fois et condamnées pour sédition à 7 reprises. Voilà un bel exemple de détermination militante. En d’autres mots plus politiques on peut dire que Madeleine Parent s’est battue contre l’anti syndicalisme du patronat et des gouvernements de l’époque. Cette constance dans la lutte pour la justice sociale et l’égalité, Madeleine Parent l’a aussi portée envers le mouvement des femmes à partir des années 1980 jusqu’à la fin de sa vie.

Tout un paradoxe!

Quel étrange paradoxe de retrouver le nom de Madeleine Parent au beau milieu de l’environnement du canal de Lachine là où grouillent depuis 20 ans spéculateurs et promoteurs de logements de luxe et des milliers de ménages nantit. Ouvert au développement résidentiel par l’ex-maire de la ville Pierre Bourque en 1998, les abords du parc linéaire du canal de Lachine ont attiré à partir de ce moment les vautours du capitalisme immobilier.

Il ne faut pas se conter d’histoires, le développement des abords du canal de Lachine est strictement une affaire d’élite, de gros sous et un accaparement totalement privé du territoire. La mixité sociale y est complètement inexistante, au moins du côté des quartiers de Pointe-Saint-Charles et de St-Henri. En effet, il est impossible de trouver le moindre logement social dans cette bande privilégiée où se situe le nouveau parc. Voilà un premier contresens quant à l’emplacement choisi.

L’arrondissement du Sud-Ouest écrit: « C’est un site exceptionnel qui s’insère dans la longue bande verte que constitue le canal de Lachine. Il est également chargé d’histoire… » . Longue histoire en effet, que celle de la classe ouvrière à partir du milieu du XIXe siècle le long du canal de Lachine. Même si on voudrait l’oublier, cette histoire d’exploitation se poursuit encore aujourd’hui au XXIe siècle, mais de manière différente. Enfin, pour qui ne ferme pas les yeux.

Cette homogénéisation sociale, soutenue par les pouvoirs politiques (lois, règlements, politiques de développement, etc.) en faveur des nantis, qu’on retrouve le long du canal s’est avérée la pierre angulaire du phénomène d’embourgeoisement (remplacement d’une population par une autre) qui s’étend dans les quartiers populaires environnants. Des centaines, sinon des milliers de ménages à faible et moyen revenus des quartiers de St-Henri et de Pointe-Saint-Charles ont été délogés ou continuent de l’être de leur milieu de vie. Ce « grand déménagement forcé» des couches populaires, celles justement que défendait Madeleine Parent, est aujourd’hui plutôt insidieux et conséquemment moins spectaculaire qu’à l’époque des revendications ouvrières pour de meilleures conditions de travail. Cette réalité, c’est aussi un phénomène d’exploitation dans l’histoire contemporaine.

Lutte de classe de l’histoire récente

Sachons que ce nouveau parc n’apparaît pas à cet endroit comme par l’effet du hasard. En effet, le parc découle directement d’une lutte d’occupation populaire où quelques dizaines de membres et militant-e-s du Centre social autogéré (CSA) de Pointe-Saint-Charles ont tenté de récupérer l’usine de chandelles désaffectée (Seracon), pour en faire des espaces communautaires autogérés.(On voit ici le parc Madeleine Parent avec au fond les condos de luxe) Le projet se dressait alors contre la puissance de l’argent, celle qui domine justement le territoire autour du canal.

En fait, ça s’est passé un peu comme à l’époque de Duplessis et de sa police. D’ailleurs, sur une des colonnes dans le parc on illustre d’une photo montrant Duplessis et quelques autres personnages du pouvoir de l’époque. Pourrait-on aujourd’hui mettre une telle illustration de ceux qui ont agi de la même façon en 2009? Si les militantes et militants du CSA ne furent pas emprisonné-e-s, ils et elles en furent violemment expulsé des lieux par la police anti-émeute le 30 mai 2009 à la demande expresse du propriétaire.

Faisant grand bruit sur la place publique et pressuriser par des forces sociales du milieu, le proprio a dû concéder une partie du terrain (devenue le parc Madeleine Parent) pour la jolie somme de 1.6 million$ payé par les taxes des résident-e-s du Sud-Ouest. Quant au proprio, il a pu réaliser le « Walter sur Atwater » sans aucun logement social.

En plus de recevoir la cagnotte à même les fonds publics, le parc, aménagé au coût de 425,000$, entraîne (dans le jargon des promoteurs) une +value privée pour le projet de condos de luxe, situé immédiatement en bordure du parc. Bref, des résident-e-s fortunés qui se retrouvent par enchantement plutôt bien choyés une fois la contestation écartée.

Ainsi, s’est écrit le dernier épisode historique de ce lieu « chargé d’histoire » comme le dit le texte de l’arrondissement. Une histoire où le passé n’apparait plus subversif. Pourtant cette ultime tentative, dernier effort populaire pour s’approprier d’un espace sur le canal, montre bien l’enjeu de fond de l’aménagement urbain : L’APPROPRIATION DU TERRITOIRE.Voilà un des éléments qui échappe largement aux communautés locales.

Question de cohérence et sachant que l’histoire et les enjeux urbains ne sont pas neutres, Madeleine Parent aurait-elle été à l’aise avec le choix des élu-e-s? La question est posée.

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